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Jihad Hudaib | Gaza & autres poèmes

mercredi 6 août 2014, par Armand Dupuy

Gaza

Petite, on l’a conduite à la guerre. Mais elle a continué de survivre, chaque fois qu’elle n’a pas eu le courage de mourir.
Son visage a été aperçu dans le feu. Elle était une montagne où un amandier donnait de la neige carmin.

On lui a tendu une embuscade entre l’obscurité et un sens tombé sur une pierre. Ce qui est plus certain, c’est qu’ils se sont glissés du terrier, puis ont suivi la trace de la déchaussée et lui ont lancé une flèche.
On l’a vue aplatir ses seins entre deux pierres, elle est devenu folle, et elle crie ou elle s’en va dans les mains d’une mort aux lèvres pâles.
Non, non, on l’a vue repriser, parmi les ruines et les décombres, un trou au soleil.

C’est une femme, et elle s’appelle : Liberté.

*

Au commencement

Ils se sont bien disputés avec les dieux. Ceux qui sont plus durs que l’idée qu’ils se faisaient de l’éternité ont attendu jusqu’à ce que son visage soit apparu pour le lancer.

Ils sont descendus des montagnes, un mélange de bédouins et de parias tirant les villes de leurs cheveux loin des rivières. Ils n’étaient pas séduits par la mélancolie , mais ils ont assailli sa forêt colorée.
Sur les rochers, ils ont gravé des cris de victoire et des captives dont ils ont rêvées qu’elles étaient maudites et qu’elles étaient leurs mères, qui n’épargnent pas de fautes au fond de l’âme.

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Leurs pas se sont séparés, répandant l’insomnie, partout où ils arrivaient, comme la peste. Le sang des descendants s’est éparpillé, bleu, bleu.
Dispersés, ils sont venus vers moi tandis que de la brume naissaient d’autres dieux.

Je les ai logés dans l’arbre des bouffons et je les ai protégés par talismans et amulettes. Je me suis tourné vers eux car ils étaient orphelins, et j’ai fait ma prière car ils n’écoutaient pas.

Me voici ! Je demeure sur la terre en essuyant la rouille des souvenirs qui n’appartient ni à des ancêtres ni à moi.

*

Notre désespoir ( Extrait)

Il a hurlé près de notre ombre, alors l’ombre a tremblé. Quand il s’est absenté ou quand il est parti nous l’avons oublié. Mais son visage nous est sorti de la musique d’abord, puis il est apparu sur les montagnes, en brumes et nuages presque noirs. Quand nous sommes arrivés à la mer, il était dans la couleur bleue, turquoise tirant vers le noir.

Nous lui avons lavé le visage grand et stupéfait. Nous lui avons coupé les ongles. Et la plus belle de nos vierges, avec ses larmes, lui a essuyé les pieds. D’autres lui ont rassemblé les cheveux en tresses. Nous avons jeté nos clés et nos pas dans l’eau, et nous avons tourné autour de lui en lui suppliant de ne pas mourir.

C’est notre désespoir, cette ancienne alchimie d’espérance et de peur infinies.

*

L’ange

Sous son arche , il est devenu beau. Quand elle lui a jeté de la lumière, ses ailes se sont ouvertes, et il s’est envolé. Elle a chanté, alors s’est éclairé le chemin de ses pas. Là-bas, elle a allumé en lui un feu, et un autre autour de lui.

Il est resté beau, avec le visage d’un croissant de lune qui se délecte de la faim et se délecte du froid.

*

La douleur aussi nourrit son oiseau

A Yousef Abu Lowz

Par la cendre nous avons remplacé l’air et la mer par l’écume. Ce qui s’est fissuré n’était pas de la boue ni du bois. Ô mon ami ! L’eau qui coulait dans l’insomnie s’est tarie.

Regarde-la , avec sa taille haute et svelte, avec une tresse noire et deux gants brillants, la douleur nourrissant son oiseau de ton cœur qui a la taille d’un moineau dans une cage, battant des ailles blanches.

Ne mouille pas le chagrin de tes larmes ! Je t’en supplie ! Mais laisse-le venir, laisse-le s’asseoir près de toi ! Et de ta main, serre-lui la main blanche et tendre ! Ou essuie-la avec de l’huile sainte ! Si tu peux, mais doucement ! Alors le chagrin deviendra un oiseau , il sera toi, tel le jeune Josef , blanc après le rêve et avant l’histoire. Il sera un frère affectueux, et tu l’écouteras récitant quelque chose qui ressemble à un talisman, qui rapatrie un silence de son exil et chasse la peur des photos vers les fêlures. Sois confiant !

*

Qu’est-ce que le Regret ?

Je me souviens à peine du visage de l’étrangère. Des yeux rêveurs et souriants. En eux , l’amande est d’un bleu qui illumine. Nous nous sommes arrêtés au seuil du même âge, nous ne l’avons pas traversé ni coupé la grenade en deux moitiés.

Elle était haute et son silence long tel un champ de blé en avril.
A présent, je me réveille sous un ciel sans couleur, et il y a cette soif qui ressemble à la poussière . Si je m’étais écouté dans sa voix à elle ; si j’étais redevenu un enfant qui courrait dans sa propre forêt et qui s’était perdu.

Le silence se voit et peut être balayé aussi. Le miroir a perdu son habitude ; elle n’annonce plus de venants ni de partants. La fleur de narcisse sur le bord, là-bas, se penche toujours alors que l’eau s’est tarie.

A présent, je me réveille au commencement de l’univers, ma voix est dans l’éternité et entre nous , il n’ y a que l’amer reproche qui porte mon cadavre sur son dos , dans le vaste vide. Et il n’ y ni corbeau ni arbre.

*

La cité des aveugles

Elle n’était pas apprivoisée , Elle était plutôt assoiffée, avec des yeux creux ; elle était immense et bleue, entièrement tirant vers le noir, sans navires ni naufragés et même sans port. En elle, aucun dessein ne s’agitait .

Un matin, les habitants l’ont trouvée près de la porte de la ville, comme un chat perdu près d’un mendiant aveugle. Elle était restée ainsi jusqu’à la mort, près de la porte de la ville , sans gloire ni souvenir.

C’est une mer, personne ne sais d’où elle vient. C’est une mer et elle est morte.

*

Quelqu’un

Le passé tombait en flocons de neige sur ses jours à venir, le halètement était creux et profond. La peur retentissait et le silence avait sa mort : l’écho laissé derrière lui lorsqu’il a fait tourner la clé dans la serrure de la porte.

Cela est arrivé quand il a couru pieds nus, de son enfance jusqu’à la quarantaine, pour trouver que personne ne l’attendait. Ainsi un homme s’est vite enfui pour que personne ne suive ses traces.

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